Mercredi 28 octobre 2009

Il est jeune, beau, il réussit, pas encore 30 ans et déjà cadre sup. dans une banque après une scolarité sans accroc. Il vient même de se marier avec une belle femme, un peu plus âgée que lui qu’il a rencontré il y a quelques mois à peine. Il n’était pas obligé de se marier si vite, personne ne l’y a forcé. On a plutôt d’ailleurs tenté de le persuader d’attendre un peu. Mais cela faisait tellement plaisir à sa jolie femme, un beau mariage avec toute la famille et les amis. D’ailleurs, c’était une belle fête.

Sa vie est calibrée au millimètre, du lundi au vendredi il bosse dur dans sa banque. Il emmène régulièrement sa femme faire un restau ou un ciné, il lui fait l’amour avec énormément de plaisir. Il ne subit aucune contrainte, il a le choix, il a toujours eu le choix. Il voit encore ses potes d’enfance aussi souvent qu’il le souhaite, ce n’est certainement pas sa femme qui l’en empêcherait. Elle aussi apprécie de pouvoir aussi vivre sa vie, garder cette part d’individualité qu’on risque tant de perdre en se mariant. Mais eux, non, ils sont toujours aussi libres. Ils sont jeunes, beaux et heureux.

Pourtant, en ce vendredi soir, il est encore une fois ivre mort, souriant bêtement au premier venu, tentant d’embrasser la première jolie fille qui croise son regard, il va finir vomissant dans le caniveau. Il va oublier cette soirée, comme toutes les autres, il va recommencer demain et la semaine suivante… il va boire chaque fois un peu plus pour se sentir bien, pour se sentir léger pour profiter de sa soirée.

Mais quel poids veut-il fuir ? De quel mal-être veut-il s’extirper ?

Pourquoi s’est-il marié si vite avec cette femme ? Pour ne plus avoir à se poser de questions. Non, ce n’était pas pour lui faire plaisir, elle aurait attendu, elle aurait supporté qu’il ne soit pas le bon. Elle ne lui en aurait même pas voulu. C’est elle qui a le plus hésité, c’est elle qui semblait s’interroger sur l’utilité d’officialiser si vite. Il pensait qu’en se mariant il ne penserait plus à toutes les filles qu’il n’avait pas embrassé, qu’il ne penserait plus à toutes les femmes qu’il n’avait pas séduites. D’ailleurs, quand il a fait sa demande ca a marché, pendant quelques semaines, il ne voyait plus que sa femme, il ne pensait plus qu’à elle. Il ne se posait plus de question. C’était elle et c’était bien. Ils ont organisé leur mariage selon leurs gouts. Aucune dispute majeure entre eux, ni avec les familles, tous le monde se réjouissait. L’organisation du mariage a été tellement simple que finalement, cela lui laissait encore du temps pour s’interroger. Il aurait préféré que tout soit compliqué, il aurait aimé comme tout le monde avoir à surmonter les conflits entre les futures belles familles, il aurait aimé que sa femme ait des choix trop ambitieux, qu’elle ait voulu épater tout le monde, il aurait voulu devoir trancher. Mais non, elle payait la moitié du mariage, elle ne voulait impressionner aucune vieille copine, les mariages ne servent plus à ca. Ils ne servent qu’à amuser les mariés, vivre une belle soirée en famille et entre amis.

Il espérait qu’après avoir fait sa promesse devant le maire, comme lorsqu’il était enfant, l’importance de ce qu’ils se promettaient allait le gonfler de ce bonheur et de cette fierté d’avoir un serment à respecter. Mais non, ca non plus ca n’a pas eu d’impact, il sait bien trop intimement qu’il est si simple de divorcer. Il pourra même se remarier aussitôt.

Finalement, même marié, il sait si bien que l’infamie ne le guette pas s’il trompe sa femme, elle non plus d’ailleurs. Si elle le trompe, elle n’aura qu’à dire je suis désolée, divorçons… ils trouveront tous les deux qu’ils se sont simplement mariés trop vite. Leurs proches acquiesceront et la vie reprendra son cours. On ne vit plus de vrai drame.

A force d’avoir le devoir d’être heureux, il n’est plus toléré d’être malheureux.

S’il est malheureux, s’il souffre, c’est entièrement de sa faute, il a tous les choix, c’est qu’il ne s’investit pas assez dans sa propre existence. En réalité, la souffrance, n’est qu’une hypothèse qu’on ne considère que pour ce qu’elle est une hypothèse, car elle n’est que le résultat passager d’une situation que nous sommes sensés maitriser.

Il se sent piéger par l’étendue de sa liberté. Sa vie aurait été tellement simple s’il n’avait eu qu’à obéir aux règles des autres. S’il n’avait d’autre choix que de reprendre l’affaire de son père, il pourrait vivre dans l’ombre de l’homme qu’il aurait pu être, il aurait pu faire face aux regrets s’il n’avait pas choisi sa voix. Il pourrait travailler dur à aimer sa femme si elle avait été choisie par sa mère. Il aurait eu plusieurs années pour la découvrir, il aurait eu à d’abord à vaincre sa méfiance, lui prouver qu’il était quelqu’un de bien. Mais sa femme l’aime et le comprend. Il ne doit rien lui prouver, pas même lui cacher qu’il ne lui est pas fidèle, il ne prend aucune précaution et aucun de ses amis ne le trahit, il ne doit pas ramer pour la reconquérir. Il rentre presque dans le coma et elle ne dit rien. Elle ne pose aucune question, ne fait aucun reproche, elle lui trouve même des excuses, il est jeune, il a besoin de s’amuser.

Parfois certains copains lui font un peu la morale, mais le rappellent le vendredi suivant et une fois de plus veillent sur lui lorsqu’il n’en est plus capable.

Rien n’a jamais d’importance.

L’amitié n’est pas une valeur au dessus de tout pour autant, ce qu’ils veulent eux aussi c’est occuper ces longues heures de vie, et malgré ses bitures, il est un bon compagnon de vie.

Voila ce qu’il est, un bon compagnon de vie pour ses amis, pour sa femme et pour lui-même.

Il aurait tant voulu avoir des défis à relever. Il aurait voulu avoir des raisons de se battre, de sentir qu’il vit pour quelque chose. Mais tout cela lui a été pris par ses ancêtres qui ont gagné ce combat il y a longtemps.

 

Alors il va de chimères en chimères, chaque minute d’ivresse l’éloigne de cette existence absurde. Il s’offre dans cette attente interminable des instants d’oubli, de volupté, de magie à peu de frais dont il espère un jour ne pas se réveiller.

Par Sonia R - Publié dans : soniar
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Vendredi 11 septembre 2009

Ce matin là, elle a touillé son café comme chaque matin sous son regard amoureux.

Un de ces gestes qu’il aime tellement observé, qu’elle a répété chaque jour pendant les 7 années qu’ils ont partagées. Puis ,elle a passé la main dans ses cheveux, et en se regardant dans le miroir elle s’est plainte de sa mine trop fatiguée, elle est partie prendre sa douche, est sortie en courant, la serviette nouée autours des hanches comme l’aurait fait un homme, a attrapé une jupe, qu’il lui avait offerte l’an dernier et un chemisier qu’il aime tout particulièrement, elle s’est maquillée rapidement, car comme chaque jour, elle est en retard, elle a filé en lui déposant un rapide baiser sur le front, même si elle sait qu’il déteste ça, car un matin sur deux il part avec une belle trace de rouge et ne s’en aperçoit que dans l’ascenseur du boulot.’

Pourquoi ressasse-t-il cette matinée plus qu’une autre ? Croit-il vraiment qu’il y trouvera l’amorce de ce qu’il a vu ce soir, qu’il va enfin comprendre pourquoi il est là assis au milieu d’un salon qui n’est plus du tout un lieu familier.

Ce réveil n’était en rien différent de tous les matins de leur vie.

Le soleil brillait, la radio passait les mêmes tubes que la veille. Il n’a ressenti en lui aucune alerte, lui qui est si attentif aux détails, il n’a rien vu.

Peut être qu’il faut remonter plus loin, hier soir, à son retour, elle était déjà à la maison en train de préparer un diner plus délicieux qu’à l’ordinaire, peut être que finalement c’était un signe qu’il n’a pas su voir.

Mais non, il faut remonter encore, ca fait plusieurs semaines que les diners sont encore meilleurs les uns que les autres, elle prépare à manger, sourit, rit, ne proteste jamais du choix du programme télé, et ne fait pas la moue s’il est trop fatigué pour lui faire l’amour ou pour sortir ce soir encore.

D’ailleurs, ça fait combien de temps qu’il ne lui a pas fait l’amour, il ne s’en souvient plus… ça ne semblait pas si important que cela il y a quelques heures, il lui avait semblé qu’elle s’était simplement habituée.

Mais il aurait dû se douter, comment avait elle pu s’habituer, elle qui avait passé tant de temps à lui reprocher son manque d’enthousiasme en matière de sexe.

Etait ce de sa faute à lui  s’il était fait comme ca ?

Non, bien entendu que non, son père était comme lui et sa mère n’avait jamais rien dit, elle trouvait même cela plus simple, après tout, ils n’avaient pas de problème de contraception eux, comme tous ces animaux qui se reproduisent tant et si bien qu’ils ne savent plus quoi faire de leur progéniture et puis ne dit-on pas que les femmes ont un appétit sexuel moins important que les hommes.

Ces dernières semaines, elle semblait enfin accepter la situation, ses sourires et sa bienveillance l’avaient aveuglé. Il n’avait plus été attentif aux signes. Elle s’habillait avec plus d’attention, il avait pensé qu’elle tentait une autre manière pour le ramener sous les draps, il avait pris encore plus de distance de peur d’être obligé de la satisfaire, mais s’était relâché quand il avait remarqué qu’elle ne tentait plus rien.

Toutes ces attentions ne lui étaient déjà plus destinées, elle n’avait pas eu la patience d’attendre qu’il aille mieux, qu’ils soient en vacances pour se retrouver tous les deux. Elle n’avait pas eu l’honnêteté, la droiture de lui rester fidèle. Elle n’avait même pas cherché à se justifier.

Mais depuis quand cela durait-il ?

Voila la seule question qu’il ne parvenait pas à chasser de son esprit, il est trop tard pour le lui demander, elle n’aurait rien lâché de toutes façons, elle n’a rien nié quand il l’a trouvé là chez lui dans les bras d’un autre, elle ne semblait même pas avoir honte, elle semblait attendre que cela arrive.

C’est sûr, elle  avait voulu tout ce qui venait de se passer, elle était seule responsable, elle avait été malhonnête, elle avait menti, trahit et maintenant elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

Elle s’était vautré dans les bras de cet inconnu, dans sa propre maison, elle l’avait souillé, il était obligé de purifier son « chez lui », il avait été contraint par elle, et par elle seule, à purifier par le sang son foyer, son honneur… et cela ne pouvait être qu’avec son sang à elle, l'autre n’est rien qu’un dommage collatéral.

C’est elle qui a tout gâché, c’est elle qui était nue contre ce corps nu, qui n’était pas le sien. Il ne se souvenait pas que le corps ait eu un visage, même avant qu’il l’efface avec un couteau. Il était obligé d’effacer ce visage, il devait laver l’affront et le visage le regardait. Le visage était immobile et le regardait, il le jugeait. Mais de quel droit ? De quel droit le visage le jugeait-il, ce visage dont le corps avait souillé sa femme. Ce visage ne pouvait se juger que lui-même, il était celui qui avait fauté. C’est lui qui s’était vautré dans le lit d’un autre avec la femme d’un autre.

Mais peu importe le visage et le corps, ils ont disparu, il ne reste qu’elle.

Elle, sans son cœur, bien sûr, ce cœur lui appartenait à lui, il l’avait repris, il ne battrait plus pour personne d’autre, il n’accélérerait plus sous la pression d’un autre corps, il ne serait plus soulever par la moindre pensée impur, il était maintenant à sa place entre ses mains. Son cœur était chaud et cela lui procurait un sentiment de sécurité et enfin de pouvoir absolue, cette chaleur haletante entre ses mains, il ne craignait plus rien. La chaleur de sa femme était à jamais imprégnée dans ses mains, c’est comme si elle s’était blottie tout contre lui pour ne plus jamais s’éloigner, ne plus jamais lui échapper.

D’ailleurs, elle semblait enfin heureuse, son visage d’ange souriait, elle ne parlait plus, ne criait plus, ne se plaignait plus, il pouvait lui pardonner maintenant, les choses étaient rentrées dans l’ordre. Son cœur dans ses mains, un sourire bienveillant et aimant sur les lèvres.

Il ne restait  plus que tout ce sang, que faisait donc tout ce sang sur lui, pourquoi tout collait, il fallait qu’il s’en débarrasse. Une fois qu’il aurait nettoyé cette crasse, cette souillure, le sang est toujours le résultat de la souillure, quand tout serait à nouveau propre, ils pourraient reprendre leur vie.

Quelle chance qu’il soit rentré plus tôt aujourd’hui, qu’elle aubaine qu’on lui ait donné son après-midi, il était rentré juste à temps pour remettre de l’ordre. Une fois qu’il aurait tout nettoyé, c’est lui qui lui ferait un bon diner, et peut-être même que ce soir ils feraient l’amour.

Demain matin, comme chaque matin, il la regardera prendre son café, le touiller indéfiniment, même si cela est inutile, elle ne prend jamais de sucre, elle se regardera, passera la main dans ses cheveux et sera heureuse de voir  son reflet dans le miroir, maintenant qu’elle est réconcilié avec lui pour l’éternité, elle ira prendre sa douche, sortira avec sa serviette autours des hanches, s’habillera avec une jolie robe, se maquillera rapidement, car elle sera en retard comme tous les jours et déposera un baiser sur son front…

 

Par Sonia R - Publié dans : soniar
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Jeudi 27 août 2009

Elle était encore seule au milieu de tous, malgré tous ses efforts pour faire naitre entre elle et le reste de l’univers un lien même fugace, elle n’y était pas parvenue, elle se voyait de haut comme un petit point dans l’univers. Plus elle tentait de se sentir appartenir à ce monde, à ressentir la connexion qui la liait aux autres, plus elle se voyait minuscule, comme une particule perdue dans un univers infini.

Elle le regardait en tentant de puiser jusqu’au plus profond d’elle-même cet amour, ces sentiments qui l’avaient il y a plusieurs années amenée à cet endroit aujourd’hui, pourtant elle ne ressentait rien, il lui semblait un étranger à qui elle ne devait rien, avec qui elle ne partageait rien. Elle ne le haïssait pas, elle ne lui en voulait pas, elle ne s’en voulait pas non plus. Elle avait le sentiment que rien ni personne ne pouvait l’atteindre, plus étrange elle n’arrivait pas à se connecter à elle-même. Elle était assise au milieu de ces gens qui étaient sa famille, ses amis, tous étaient là pour elle, pour fêter un anniversaire dont elle n’avait rien à faire. elle sentait bien qu’elle aurait du être heureuse de voir tant de gens se réunir pour elle, rire et se réjouir de faire partie de son entourage, mais elle n’était qu’un fantôme, son sourire n’était le reflet d’aucun bonheur, simplement l'expression de ce qu’on attendait d’elle. Il n’aurait pas été correct qu’elle ne réponde pas aux sollicitations de tous.

Puis une autre question vint la secouer un peu dans sa léthargie, et si toutes les personnes autours de la table étaient dans la même situation qu’elle, vide et distante jouant la comédie de la sociabilité, de la joie et du partage…

Quel serait le sens de cette réunion si chacun dans cette assemblée se voyait de loin comme une particule lâchée dans l’univers, jouant son propre rôle sans y attacher la moindre sincérité.

Quelle ironie tout de même, jouer une pièce dont l’unique but est de faire plaisir à d’autres, mais si ces derniers font la même chose, tout cela n’a plus de sens… l’absurde de l’existence est alors à son comble…

 

Quelques jours auparavant, elle s’était trouvé face à un homme qui l’avait séduite, elle avait eu avec lui un moment d’égarement, et depuis elle tentait de se sentir coupable, de regretter ou du moins de ressentir cette affreuse honte qu’on lui avait toujours promise si elle enfreignait les règles. Mais rien ne venait, définitivement cela n’avait pas d’importance. elle n’avait trahi personne tant que cela restait un secret. D’ailleurs était-ce vraiment un secret. Un secret c’est quelque chose que l’on cache. Mais elle n’avait pas eu à mentir pour que cela ne se sache pas. Elle n’avait eu qu’à ne pas en parler, d’ailleurs elle n’en éprouvait aucun besoin. Racontait elle vraiment tous les détails de sa journée le soir. non, bien sur que non. avait elle raconté à son mari que deux jours auparavant elle avait pris un café avec une amie que cela lui avait procuré du plaisir, avait elle parlé de cet enfant qui riait aux éclats et du bonheur qu’elle avait ressenti à cette mélodie, alors pourquoi se devait elle de lui raconter qu’un bel homme lui avait fait l’amour cet après midi.

L’intimité de son corps ne lui appartient qu’à elle, elle fait un tas de choses dont il n’est pas maitre, dont il n’a même pas conscience et qui ne posent pas de problème, si elle lui racontait le rire de l’enfant, les bavardages de cette amie, il ne se sentirait pas trahi, et n’éprouverait aucune haine ni déception, il ne serait peut être même pas intéressé, et trouverait tout à fait naturel qu’elle ne lui ait parlé de rien. Tout naturellement elle considéra que cet après midi de plaisir rentrait tout à fait dans la même catégorie d’intimité que tout ce qui se passait lorsqu’il n’était pas là.

Elle repris alors le cours de ce diner, discutant avant les uns, remerciant les autres, et regardant avec les yeux de l’amour les membres de sa famille, son mari et ses enfants.

 

Plus tard lorsqu’il vint la rejoindre et vérifier que tout allait bien, elle réalisa qu’ils n’avaient jamais formé un couple où tout était transparent et limpide et qu’il avait surement lui aussi donner des coups de canifs dans le contrat, et qu’il avait dû s’en accommoder sans difficulté, il était la remplissait son rôle de mari et de père sans la moindre gène. Cette idée provoqua chez elle une vague d’amour, l’idée de cet homme libre vaquant à ses plaisir les plus vils et rentrant chez lui plein de gratitude pour cette épouse qui était la gardienne de sa sécurité. L’idée de sa liberté à lui, à cette part de mystère qui resterait à jamais entre eux car on ne s’appartient jamais lui permit de se percevoir à nouveau comme une personne, un être entier et de la rapprocher d’elle-même.

La confiance est la seule source de plénitude non parce qu’elle est méritée ou logique. La confiance en l’autre ne se justifie que par le besoin de ne pas souffrir, la jalousie qui pousse à tout savoir n’est qu’une perversion. La vérité n’existe pas. Il est vrai qu’il est là et qu’il est un bon mari, il est probable qu’il la trompe comme elle le trompe, et il est certain qu’aucun ne veut ou ne doit en avoir la preuve.

Ils ont besoin de ce vernis qui les protège d’eux-mêmes, cette société avec ses règles, elle en avait enfin le fonctionnement. C’est le cadre qui est comme pour les enfants, les limites arbitraires, donne un sens à la vie pour éviter de se perdre dans le désespoir du néant, ca n’empêchait pourtant personne de transgresser toutes les règles comme les enfants ont besoin de faire des bêtises pour se souvenir pourquoi les règles sont là.

Par Sonia R - Publié dans : soniar
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Vendredi 20 février 2009

Petit ange, tu ne savais pas que ton sourire me sauverait, tu ne savais pas qu’un jour derrière ton bar, un jour comme les autres tes compliments feraient de moi une princesse, mais maintenant tu as peur, tu recules ?

Pourquoi ne t’autorises-tu pas à vivre pour une fois une petite tranche de bonheur pur, quelque chose de gratuit, quelque chose de beau… je sais que tu l’aimes, je n’ai pas oublié que je suis mariée… mais quelle importance ? notre existence est si terne, pourquoi devons nous nous interdire un peu de clarté, une bonne raison de se lever le matin et de sourire à la vie…

Je n’ai pas souri depuis 100 ans et ce matin je suis heureuse… tu ne m’as rien donné juste un peu de café et des sourires… je ne veux rien d’autre d’ailleurs… je ne veux rien remettre en cause… ta copine est surement une femme extraordinaire… elle ne sait surement pas qu’elle a tant de chance… comme mon cher mari ne sait pas que je peux me montrer aussi persuasive…

Je ne me croyais vraiment pas capable d’autant de volonté… je n’avais pas peur d’être rejetée… ni d’être ridicule, j’étais sure de moi comme jamais auparavant…

Bizarrement, je sais que je ne suis pas amoureuse, j’aime la situation, j’aime le pouvoir que je semble avoir sur toi, j’aime ta timidité, tes non qui veulent dire oui et tes oui qui veulent dire non… je sais que tu as peur de te laisser aller… ce qui fait que je peux m’oublier car aucun danger ne me guette… je ne pensais pas être en mesure de vivre ce genre de passion – tout est resté très chaste mais un peu de folie n’aurait rien gâché.

On nous répète en permanence qu’il faut se méfier après – une fois la magie du moment envolé – il ne reste que des regrets… c’est faux – je n’ai aucun regret… je ne regrette pas d’être venue te voir, de t’avoir poussé jusque dans tes derniers retranchements, d’avoir trouvé le moyen de te faire finalement céder, de t’avoir retrouvé le cœur battant après ton boulot, de t’avoir ému – de t’avoir regardé si profondément que ton regard en devenait fuyant – je ne regrette pas d’avoir effleuré ta main tellement de fois, que tu n’as pu résister que tu as pris ma main dans la tienne, je ne regrette pas de t’avoir embrassé furtivement– d’avoir vu tes dernières résistances tombées… ton esprit était plein de contradictions… tu ne voulais tellement pas être ce type qui trompe sa copine et tu étais tellement dans ce café avec moi, tu prenais un tel plaisir à me voir te sourire… bien sur que tu ne veux rien d’autre, que tu as peur que les choses prennent des proportions que nous n’aurions pas prévues.

Mais j’en ai assez de tout prévoir, de tout réfléchir et de tout analyser – si je suis là en face de toi cet après midi à regarder tes lèvres comme un fruit défendu dont j’ai tellement envie, c’est parce que pour une fois je n’ai pas réfléchi, je n’ai pas envisagé les conséquences – peut être qu’il y en aura – peut être qu’il n’y en aura pas…

Mais enfin je comprends ce que veut dire libre… je comprends ce que veut dire heureux

Oui, j’ai connu l’amour, mais l’amour n’a toujours été qu’une longue souffrance, un besoin de reconnaissance, d’affection, mais aujourd’hui je ne veux rien de tout ca !

Je veux me sentir belle, attirante et libre… alors ne me parle pas de demain, ne me parle pas même de dans une heure… si tu ne peux pas y parvenir – ne parle même pas  -  regarde moi et souris béatement… laisse moi prendre ta main, laisse moi caresser tes cheveux, laisse moi embrasser tes joues, ton front et pourquoi pas tes lèvres… laisse moi sentir que tu es vivant et que même si tu n’es pas sur de ce qui va se passer après et que tu as si peur, laisse moi croire que nous vivons dans un film et peu importe que dans quelques minutes le mot fin apparaitra sur notre instant…

D’ailleurs, cet instant approche, et je sens que tu es prêt à enfin te laisser aller, mais c’est trop tard, il est temps que je parte, cette faille n’a été que d’une seconde, les choses vont tout simplement reprendre leur place… notre chance est passée et nous avons su la saisir…

Merci… c’est tout ce que j’ai a te dire après tout cela, merci … merci d’avoir été la et de t’être laissé tenté… merci de n’avoir pas résisté plus que nécessaire… et adieu !

 

Par Sonia R - Publié dans : soniar
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Dimanche 28 septembre 2008
Stéphane ? Stéphane… qui ? Ah Stéphane, bien sur ! Il n’y a jamais eu qu’un seul Stéphane dans ma vie, enfin pas dans cette vie. Dans mon autre vie, celle que je croyais être ma vie, celle que j’ai fuit il y a tant d’années. Mais que veut-il après tant de temps ? Pourquoi me contacter ? C’est incroyable je ne me suis pas pose tant de question depuis Paris… C’était il y a des années lumières. Depuis mon arrivée a New York, les choses sont devenues tellement simples. Plus d’attente, plus de questionnement, juste une route droite et lisse, le présent et uniquement le présent, aucune attache, plus de jugement. Dois-je le rappeler ? Qu’a-t-il a me dire ? Quelque chose d’important ? Important… ca fait tellement de temps que ce mot n’a plus de sens pour moi, rien n’est important, depuis que je vis pour moi uniquement, le sens de ce mot a fortement diminuer voir disparu. Je croyais m’être débarrasse de tout regret, de toute nostalgie ou espoir, alors pourquoi l’évocation de ce prénom si courant remet tout en cause. J’ai atteint le bonheur, pour autant que ce terme ait un sens, le jour où j’ai simplement cesse de vouloir être heureuse. J’ai laisse ces préoccupations derrière moi. Veut il 10 ans après des explications, veut il enfin comprendre pourquoi je l’ai quitte si brutalement, pourquoi je me suis quitte si violement ; pourquoi un matin je me suis réveillée une simple carcasse, une coquille vide, un morceau de viande avariée ? Je pensais qu’il avait compris, qu’il ne viendrait jamais me demander de compte, ou peut être pas, peut être que je l’attends depuis 10 ans ce coup de fil ? Il se peut qu’il n’appelle que par curiosité, seulement pour savoir si j’ai finalement surmonte ma souffrance, si j’ai refait ma vie comme n’importe qui l’aurait fait … Ou si je suis restée cette femme stérile et inutile STERILE le mot est enfin lâché. Ce mot qui m’a tue un matin dans un cabinet médical, froid et inhumain. Ce mot qui m’a fait disparaître et fait naitre un monstre. J’avais rêvé d’une jolie famille, de sorties d’école, de chaleur, de chamaillerie, d’un sens a ma vie. Quand le sens de ce mot a traverse mon esprit, s’est ancre dans mon âme, jusqu'à devenir mon identité, mes espoirs, mon amour et mes rêves, tout cela a disparu. Je me suis littéralement asséchée de l’intérieur, je suis devenue une terre aride sur laquelle plus rien ne pouvait pousser, mais surtout tout ce qui existait est mort, je ne sais pas vraiment si cela est arrive brutalement ou petit à petit, branche après branche, jusqu'à la moindre petite racine. Je ne voulais pas voir dans les yeux de ceux que j’avais aime la pitié, les reproches ou même le moindre espoir. Je ne voulais pas être réconfortée ou je ne voulais plus être aimée alors je les ai tous quitte et le premier d’entre eux fut Stéphane. D’abord il a voulu comprendre, il voulait adopter, je n’avais plus rien a offrir, pourquoi punir un enfant en le faisant grandir contre un arbre mort. Je ne voulais personne dans ma chute, personne dans ma tombe, était ce par altruisme ou par égoïsme, je voulais seulement pouvoir m’enterrer seule et faire mon deuil seule. J’ai donc quitte mon cocon, mon continent et j’ai atterri a New York pour y devenir personne. C’était la ville idéale pour disparaître et commencer une nouvelle vie sans espoir ni attente, c’est alors que j’ai découvert que sans espoir on a plus peur. Etrangement tout est devenu simple, j’ai travaille sans relâche, car le travail déshumanise et rempli la journée, il remplit le compte et permet de devenir totalement libre. N’ayant plus d’intérêt dans les relations humaines, les miennes sont devenues simples, les gens me craignent ou m’admirent, ils sont fascinées de voir que rien ni personne ne compte pour moi. Ils pensent m’envier une absence de souffrance, une supériorité, mais ce n’est que la solitude et le vide qu’ils ne voient pas. Voila que ce prénom fait ressurgir cette immense faille… Peut être ne suis-je pas tout a fait morte ? Dois je prendre le risque de me souvenir a quel point l’espoir, l’amour sont des sentiments dangereux et douloureux, mais si chauds et tellement agréable ? Apres des semaines de doute et de réflexions, j’ai fini par me convaincre que si 10 années n’avaient pas fait disparaître dans l’esprit de cette homme jusqu'à mon nom. Cet homme que j’ai abandonne dans une souffrance que j’avais provoque, cet homme a qui je n’avais pas fait confiance pour me sauver. Peut être était il temps de lui, non de ME donner une chance de reprendre le cours d’une vie que j’avais délibérément jeté aux orties. J’avais fait fausse route si longtemps, je devais me donner une chance et si c’etait lui qui venait me l’offrir je ne pouvais pas la refuser, j’allais enfin pouvoir m’accrocher a quelqu’un pour respirer a nouveau, sortir de cette torpeur …

J’ai compose le numéro qu’il m’avait laisse sur mon repondeur…
« Stéphane ?
> Oui
>C’est Amanda
> Amanda ??? *
> Tu m’as laisse un message sur mon téléphone il y a quelques semaines
> Je suis désolé. Je ne connais pas d’Amanda »
Par Sonia R - Publié dans : soniar
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