Petit ange, tu ne savais pas que ton sourire me sauverait, tu ne savais pas qu’un jour derrière ton bar, un jour comme les autres tes compliments feraient de moi une princesse, mais maintenant tu as peur, tu recules ?
Pourquoi ne t’autorises-tu pas à vivre pour une fois une petite tranche de bonheur pur, quelque chose de gratuit, quelque chose de beau… je sais que tu l’aimes, je n’ai pas oublié que je suis mariée… mais quelle importance ? notre existence est si terne, pourquoi devons nous nous interdire un peu de clarté, une bonne raison de se lever le matin et de sourire à la vie…
Je n’ai pas souri depuis 100 ans et ce matin je suis heureuse… tu ne m’as rien donné juste un peu de café et des sourires… je ne veux rien d’autre d’ailleurs… je ne veux rien remettre en cause… ta copine est surement une femme extraordinaire… elle ne sait surement pas qu’elle a tant de chance… comme mon cher mari ne sait pas que je peux me montrer aussi persuasive…
Je ne me croyais vraiment pas capable d’autant de volonté… je n’avais pas peur d’être rejetée… ni d’être ridicule, j’étais sure de moi comme jamais auparavant…
Bizarrement, je sais que je ne suis pas amoureuse, j’aime la situation, j’aime le pouvoir que je semble avoir sur toi, j’aime ta timidité, tes non qui veulent dire oui et tes oui qui veulent dire non… je sais que tu as peur de te laisser aller… ce qui fait que je peux m’oublier car aucun danger ne me guette… je ne pensais pas être en mesure de vivre ce genre de passion – tout est resté très chaste mais un peu de folie n’aurait rien gâché.
On nous répète en permanence qu’il faut se méfier après – une fois la magie du moment envolé – il ne reste que des regrets… c’est faux – je n’ai aucun regret… je ne regrette pas d’être venue te voir, de t’avoir poussé jusque dans tes derniers retranchements, d’avoir trouvé le moyen de te faire finalement céder, de t’avoir retrouvé le cœur battant après ton boulot, de t’avoir ému – de t’avoir regardé si profondément que ton regard en devenait fuyant – je ne regrette pas d’avoir effleuré ta main tellement de fois, que tu n’as pu résister que tu as pris ma main dans la tienne, je ne regrette pas de t’avoir embrassé furtivement– d’avoir vu tes dernières résistances tombées… ton esprit était plein de contradictions… tu ne voulais tellement pas être ce type qui trompe sa copine et tu étais tellement dans ce café avec moi, tu prenais un tel plaisir à me voir te sourire… bien sur que tu ne veux rien d’autre, que tu as peur que les choses prennent des proportions que nous n’aurions pas prévues.
Mais j’en ai assez de tout prévoir, de tout réfléchir et de tout analyser – si je suis là en face de toi cet après midi à regarder tes lèvres comme un fruit défendu dont j’ai tellement envie, c’est parce que pour une fois je n’ai pas réfléchi, je n’ai pas envisagé les conséquences – peut être qu’il y en aura – peut être qu’il n’y en aura pas…
Mais enfin je comprends ce que veut dire libre… je comprends ce que veut dire heureux
Oui, j’ai connu l’amour, mais l’amour n’a toujours été qu’une longue souffrance, un besoin de reconnaissance, d’affection, mais aujourd’hui je ne veux rien de tout ca !
Je veux me sentir belle, attirante et libre… alors ne me parle pas de demain, ne me parle pas même de dans une heure… si tu ne peux pas y parvenir – ne parle même pas - regarde moi et souris béatement… laisse moi prendre ta main, laisse moi caresser tes cheveux, laisse moi embrasser tes joues, ton front et pourquoi pas tes lèvres… laisse moi sentir que tu es vivant et que même si tu n’es pas sur de ce qui va se passer après et que tu as si peur, laisse moi croire que nous vivons dans un film et peu importe que dans quelques minutes le mot fin apparaitra sur notre instant…
D’ailleurs, cet instant approche, et je sens que tu es prêt à enfin te laisser aller, mais c’est trop tard, il est temps que je parte, cette faille n’a été que d’une seconde, les choses vont tout simplement reprendre leur place… notre chance est passée et nous avons su la saisir…
Merci… c’est tout ce que j’ai a te dire après tout cela, merci … merci d’avoir été la et de t’être laissé tenté… merci de n’avoir pas résisté plus que nécessaire… et adieu !