Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /Août /2009 13:00

Elle était encore seule au milieu de tous, malgré tous ses efforts pour faire naitre entre elle et le reste de l’univers un lien même fugace, elle n’y était pas parvenue, elle se voyait de haut comme un petit point dans l’univers. Plus elle tentait de se sentir appartenir à ce monde, à ressentir la connexion qui la liait aux autres, plus elle se voyait minuscule, comme une particule perdue dans un univers infini.

Elle le regardait en tentant de puiser jusqu’au plus profond d’elle-même cet amour, ces sentiments qui l’avaient il y a plusieurs années amenée à cet endroit aujourd’hui, pourtant elle ne ressentait rien, il lui semblait un étranger à qui elle ne devait rien, avec qui elle ne partageait rien. Elle ne le haïssait pas, elle ne lui en voulait pas, elle ne s’en voulait pas non plus. Elle avait le sentiment que rien ni personne ne pouvait l’atteindre, plus étrange elle n’arrivait pas à se connecter à elle-même. Elle était assise au milieu de ces gens qui étaient sa famille, ses amis, tous étaient là pour elle, pour fêter un anniversaire dont elle n’avait rien à faire. elle sentait bien qu’elle aurait du être heureuse de voir tant de gens se réunir pour elle, rire et se réjouir de faire partie de son entourage, mais elle n’était qu’un fantôme, son sourire n’était le reflet d’aucun bonheur, simplement l'expression de ce qu’on attendait d’elle. Il n’aurait pas été correct qu’elle ne réponde pas aux sollicitations de tous.

Puis une autre question vint la secouer un peu dans sa léthargie, et si toutes les personnes autours de la table étaient dans la même situation qu’elle, vide et distante jouant la comédie de la sociabilité, de la joie et du partage…

Quel serait le sens de cette réunion si chacun dans cette assemblée se voyait de loin comme une particule lâchée dans l’univers, jouant son propre rôle sans y attacher la moindre sincérité.

Quelle ironie tout de même, jouer une pièce dont l’unique but est de faire plaisir à d’autres, mais si ces derniers font la même chose, tout cela n’a plus de sens… l’absurde de l’existence est alors à son comble…

 

Quelques jours auparavant, elle s’était trouvé face à un homme qui l’avait séduite, elle avait eu avec lui un moment d’égarement, et depuis elle tentait de se sentir coupable, de regretter ou du moins de ressentir cette affreuse honte qu’on lui avait toujours promise si elle enfreignait les règles. Mais rien ne venait, définitivement cela n’avait pas d’importance. elle n’avait trahi personne tant que cela restait un secret. D’ailleurs était-ce vraiment un secret. Un secret c’est quelque chose que l’on cache. Mais elle n’avait pas eu à mentir pour que cela ne se sache pas. Elle n’avait eu qu’à ne pas en parler, d’ailleurs elle n’en éprouvait aucun besoin. Racontait elle vraiment tous les détails de sa journée le soir. non, bien sur que non. avait elle raconté à son mari que deux jours auparavant elle avait pris un café avec une amie que cela lui avait procuré du plaisir, avait elle parlé de cet enfant qui riait aux éclats et du bonheur qu’elle avait ressenti à cette mélodie, alors pourquoi se devait elle de lui raconter qu’un bel homme lui avait fait l’amour cet après midi.

L’intimité de son corps ne lui appartient qu’à elle, elle fait un tas de choses dont il n’est pas maitre, dont il n’a même pas conscience et qui ne posent pas de problème, si elle lui racontait le rire de l’enfant, les bavardages de cette amie, il ne se sentirait pas trahi, et n’éprouverait aucune haine ni déception, il ne serait peut être même pas intéressé, et trouverait tout à fait naturel qu’elle ne lui ait parlé de rien. Tout naturellement elle considéra que cet après midi de plaisir rentrait tout à fait dans la même catégorie d’intimité que tout ce qui se passait lorsqu’il n’était pas là.

Elle repris alors le cours de ce diner, discutant avant les uns, remerciant les autres, et regardant avec les yeux de l’amour les membres de sa famille, son mari et ses enfants.

 

Plus tard lorsqu’il vint la rejoindre et vérifier que tout allait bien, elle réalisa qu’ils n’avaient jamais formé un couple où tout était transparent et limpide et qu’il avait surement lui aussi donner des coups de canifs dans le contrat, et qu’il avait dû s’en accommoder sans difficulté, il était la remplissait son rôle de mari et de père sans la moindre gène. Cette idée provoqua chez elle une vague d’amour, l’idée de cet homme libre vaquant à ses plaisir les plus vils et rentrant chez lui plein de gratitude pour cette épouse qui était la gardienne de sa sécurité. L’idée de sa liberté à lui, à cette part de mystère qui resterait à jamais entre eux car on ne s’appartient jamais lui permit de se percevoir à nouveau comme une personne, un être entier et de la rapprocher d’elle-même.

La confiance est la seule source de plénitude non parce qu’elle est méritée ou logique. La confiance en l’autre ne se justifie que par le besoin de ne pas souffrir, la jalousie qui pousse à tout savoir n’est qu’une perversion. La vérité n’existe pas. Il est vrai qu’il est là et qu’il est un bon mari, il est probable qu’il la trompe comme elle le trompe, et il est certain qu’aucun ne veut ou ne doit en avoir la preuve.

Ils ont besoin de ce vernis qui les protège d’eux-mêmes, cette société avec ses règles, elle en avait enfin le fonctionnement. C’est le cadre qui est comme pour les enfants, les limites arbitraires, donne un sens à la vie pour éviter de se perdre dans le désespoir du néant, ca n’empêchait pourtant personne de transgresser toutes les règles comme les enfants ont besoin de faire des bêtises pour se souvenir pourquoi les règles sont là.

Par Sonia R - Publié dans : soniar
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